Interviews

Interview de Béatrice Nicodème

3 questions à Béatrice Nicodème à l\'occasion de la partion de son nouveau roman: Assassin !
1) Assassin ! est un roman de suspense, un type de récit policier qui demande une grande précision. Comment avez-vous travaillé sur cette  intrigue ?


Je voulais avant tout imaginer une intrigue totalement vraisemblable, qui se déroule dans la vie "normale" d’un adolescent comme les autres. Je ne voulais ni serial killer, ni psychopathe, mais un crime presque "ordinaire", et je me suis demandé dans quelles circonstances un adolescent pouvait se trouver confronté à un criminel. Dans ce roman, seul le hasard fait que Damien croise la route d’un homme prêt à tout pour qu’on ne découvre pas ses malversations. Et, par son comportement, l’adolescent va s’enferrer dans une situation de plus en plus inextricable, simplement parce qu’il est comme beaucoup d’adolescents (ou d’adultes !) : plein de bonnes intentions mais un peu paresseux, parfois lâche, et désireux de passer ses erreurs sous silence. C’est généralement ce qui m’intéresse dans le roman policier : placer des personnes ordinaires dans des situations extraordinaires, puis me demander comment elles vont réagir et être transformées par l’épreuve qu’elles traversent.
Ensuite, le travail de construction de l’histoire est le même (et, en même temps, toujours nouveau) pour chaque roman : des pierres qu’on assemble d’abord en désordre et qui peu à peu, à force de les lisser et d’en éliminer, finissent par construire un ensemble cohérent.


2)  Votre personnage apprend à jouer une pièce policière d'Agatha  Christie. Ce n'est sans doute pas gratuit ?

Pas tout à fait, en effet ! C’est une sorte d’hommage à une grande dame de la littérature policière. Bien sûr, aujourd’hui, ses personnages semblent un peu schématiques, ses intrigues trop cérébrales, la femme elle-même encombrée de préjugés difficilement acceptables aujourd’hui. Mais il faut replacer l’auteure et les romans dans leur contexte des années 1930 à 1960 (pour la plus grande partie de son œuvre). J’ai beaucoup d’admiration pour cette femme, féministe avant l’heure, qui a construit une œuvre indémodable dont les intrigues parfaitement huilées sont une sorte de "grammaire" quasi indispensable à tout futur auteur de romans policiers.


3) Vous écrivez des romans policiers pour adultes et d’autres destinés à la jeunesse. Est-ce très différent ?


C’est à la fois très différent et totalement semblable ! Différent parce que, par exemple, je ne raconterai évidemment pas à un très jeune lecteur l’histoire d’un psychopathe qui dépèce ses victimes ! Non seulement parce que cela le traumatiserait, mais parce que la psychologie d’un tel personnage ne l’intéresserait absolument pas. Certains jeunes lecteurs sont tout à fait capables de lire des romans écrits pour les adultes, mais se sentiraient-ils concernés par les préoccupations des personnages ?
Il y a l’intrigue, donc, mais il y a aussi la façon de raconter. Si vous vivez un événement traumatisant, vous n’emploierez pas les mêmes mots et n’insisterez pas sur les mêmes détails selon que vous les rapporterez à un psychiatre, à un policier, à une grand-mère fragile, à un copain ou à un enfant. Ce n’est pas une contrainte que l’on s’impose, cela se fait instinctivement et naturellement.