Le voleur masqué

Le voleur masqué

André-François Ruaud

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Dans l’établissement scolaire des Chartreux à Lyon, rien ne va plus ! Un journal satirique est distribué à tous les élèves, la statue du fondateur de l’école est défigurée, plusieurs vols sont commis, une oeuvre d’art contemporain est déboulonnée… Et un mystérieux voleur masqué est aperçu la nuit, escaladant les vieux murs de l’institution. Ces délits anodins intriguent Morgane, Aurélien et Julien dit Jijé, trois collégiens qui vont tenter d’en trouver le coupable… Mais le temps presse, car les méfaits du voleur masqué sont sur le point de tourner au drame.
Fiche Livre

Titre : Le voleur masqué

Auteur : André-François Ruaud

Collection : Chambres Noires

Date de parution : 2009-10-11

ISBN : 9782740425

MDS : 60226

Dimensions : 130x200

Prix : 9 €

Nombre de pages : 303

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André-François Ruaud

Écrivain, essayiste, anthologiste, André-François Ruaud dirige la maison d’édition « Les Moutons électriques » depuis 2004. Auteur de nombreuses nouvelles sur les littératures de l’imaginaire, il a publié en 2006 son premier roman, La Cité d’en haut, aux éditions Mnémos.

André-François Ruaud
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Extrait : Le voleur masqué

Extrait Le voleur masqué

Le voleur masqué ouvrit les yeux. Le plus
compliqué était de se réveiller : bien qu’il souffrît
souvent d’insomnie, il éprouvait des difficultés à
émerger du sommeil à une heure convenable pour
ses activités illicites. Il ne pouvait pas utiliser de
réveil : son camarade de chambre l’aurait peut-être
entendu. Cyril avait le sommeil formidablement
lourd, mais la musiquette du portable du voleur
masqué aurait tout de même pu le tirer de ses rêves
– lui, ou bien quelqu’un d’autre dans le dortoir, et
c’était bien sûr à éviter absolument.
Dans le noir complet, le voleur se leva. Une
maigre lueur tombait dans la petite chambre depuis
le vasistas, trop pâle au début pour lui permettre de
se repérer. Il attendit un bref moment, les yeux
écarquillés, le temps pour ses pupilles de s’ouvrir
le plus grand possible. Miracle de l’oeil humain, il
commença à mieux discerner et la lumière lui
sembla moins pâle, les objets reprirent leur contour

familier. Si Cyril s’était réveillé à cet instant-là, il
n’aurait sans doute pas vu le voleur, sa vision
n’aurait capté que la noirceur nocturne, tandis qu’à
côté de lui le voleur y voyait assez pour s’habiller
– tout en noir, bien entendu. Il tira son loup de
dessous le matelas.
Les chambres de l’internat des Chartreux se
constituaient de petites cellules où étaient logés
deux placards et deux lits superposés. Par chance
pour le voleur, son copensionnaire, Cyril, avait
choisi de dormir sur le matelas du haut. Le voleur
pouvait ainsi quitter son propre lit sans trop risquer
de réveiller son voisin, dont la respiration régulière
semblait emplir tout l’espace en cette heure parfaitement
silencieuse. Il ôta de ses chaussures les
sortes de pantoufles molles qu’il utilisait lors de
ses sorties nocturnes : leurs semelles souples ne
faisaient pas le moindre bruit. Avant de se lancer
dans ses premières véritables expéditions nocturnes,
le voleur masqué avait beaucoup réfléchi aux conditions
d’exécution de ses plans, et effectué avec
prudence quelques essais.
Cette nuit, il s’agissait de sa deuxième promenade
au clair de lune. Le voleur tira la porte de la
chambre, dont il s’était assuré la veille au soir
qu’elle n’était pas complètement close, et dont il
avait depuis plusieurs semaines entretenu les gonds,
huilant les charnières avec précaution. La porte

entrouverte, il se glissa dans le couloir en enjambant
la lame de parquet qui marquait la séparation
entre la chambre et l’extérieur : il savait d’expérience
que ce perron grinçait. Il tira la porte derrière
lui, prenant toujours garde à ne pas tout à fait la
fermer. Ses gestes étaient mesurés mais décidés. Si
jamais quelqu’un l’observait, il ne devait pas être
alerté par l’aspect furtif de ses mouvements. Il avait
aussi glissé le loup dans sa poche : pour le moment,
il n’était encore qu’un simple interne ayant eu
besoin de se lever en pleine nuit pour aller aux
toilettes.
Le voleur se tint immobile, le dos à la paroi de la
chambre. Autour de lui, pas un bruit, ou plutôt que
des respirations, comme une sorte de souffle lent
qui vibrait doucement sous les combles, témoignant
dans la pénombre du rythme tranquille, ordinaire,
des sommeils. Le voleur tâta ses poches,
pour s’assurer qu’il avait bien tout ce qu’il lui
fallait : c’est qu’il allait frapper, non pas un, mais
deux grands coups ! Il sourit tout seul, dans l’ombre,
invisible. Deux grands coups, oui, qui allaient
perturber l’institution de manière à la fois douce et
ironique. Et cette nuit, le père Jacques ne le verrait
pas, oh non ! Plus d’erreurs. Donc, l’inventaire :
le loup, présent ; les deux clefs, présentes ; le
mouchoir, présent ; la lampe de poche, présente ;
les gants, présents. La cordelette ? Enroulée autour

de sa taille. Et par sécurité – cela pouvait toujours
être utile – il avait un petit coutelas, accroché par
un anneau à sa ceinture : ainsi le couteau ne risquait
ni de tomber, ni de faire du bruit en heurtant quelque
chose. Le voleur masqué devait glisser dans la nuit
sans un bruit, comme un chat, à pattes de velours.
En parlant de chat, justement, un ronronnement
s’éleva dans la chambre en face. Le voleur sourit
de nouveau : rien que de très habituel ; un des
élèves qui dormait là, Théo, ronflait très souvent.
Et ça l’arrangeait, lui, le voleur ! Que Théo ronfle
donc, cela couvrait d’autant mieux le peu de bruit
qu’il faisait en se déplaçant. Se détachant de la
paroi, il jeta un coup d’oeil vers la droite. Là-bas,
au bout du couloir, se trouvait la chambre du
surveillant. Sa porte ne restait pas toujours ouverte,
bien sûr. Mais au-delà, il y avait encore plusieurs
portes, un escalier… autant dire de multiples
obstacles
à toute tentative de sortie nocturne.
Mais le voleur n’en avait cure : il tourna les talons
et remonta le couloir du dortoir en se dirigeant vers
l’extrémité du bâtiment. Une fenêtre s’y découpait,
en demi-lune au ras du sol. Personne n’aurait
jamais pu imaginer qu’un élève puisse passer par
là : le demi-cercle de cette ouverture, qui donnait
sur le pignon du bâtiment U, face à l’accueil,
paraissait beaucoup trop étroit pour permettre le
passage.

Pourtant, s’accroupissant, le voleur mit son loup
en place sur son visage, puis il souleva la gâche de
la petite fenêtre. Aucun bruit : elle aussi, le voleur
l’avait amoureusement huilée, de temps en temps,
depuis des semaines et des semaines, avec une
patience infinie. Même chose pour les charnières
de cette fenêtre que personne n’ouvrait jamais :
elles étaient maintenant comme neuves. Non pas
que le voleur les ait nettoyées : elles demeuraient
noires d’âge et de vieille huile comme auparavant.
Il ne fallait surtout pas qu’une femme de ménage
les trouve trop brillantes et comprenne qu’on
pouvait de nouveau ouvrir la fenêtre. Non, l’huile
avait peu à peu infiltré le métal encrassé et tout
s’articulait sans une trace, sans le moindre son.
Maintenant venait le plus délicat : se glisser
au-dehors. Le voleur s’aplatit ventre contre sol.
Gymnaste accompli, il tendit le pied droit jusqu’à
la corniche. Agrippé au chambranle de la fenêtre, il
avança la main droite vers la gouttière. Parfait.
Puis, le pied gauche sur la corniche. Et de la main
gauche, le voleur tira la fenêtre à lui avec son
mouchoir, qu’il plaça en tampon dans la rainure
profonde de l’huisserie. Sans un bruit, la fenêtre se
cala : elle ne risquait pas tellement de se rouvrir
toute seule, et une simple poussée depuis l’extérieur
permettrait de la rabattre vers le couloir. Son
chemin de retour se trouvait ainsi assuré.
A suivre ...

Sélections et prix

Thomas Ehretsmann

Après avoir suivi les cours des Arts décoratifs de
Strasbourg, Thomas Ehretsmann publie sa première BD Station debout aux éditions Delcourt en 2000. Parallèlement, il poursuit une carrière d’illustrateur dans la presse et dans l’édition jeunesse.

Thomas Ehretsmann
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