Les disparus de la source

Les disparus de la source

Nicolas Bouchard

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Augustine a 12 ans. Pendant l’été 1892, elle part en vacances chez son oncle dans la campagne limousine. Le même jour, un étrange personnage arrive en ville, un excentrique parisien nommé Joséphin Péladan.
Augustine retrouve son cousin Anthime. Ensemble, ils explorent la région, riche de lieux de légendes et de cultes païens. Très vite, une inquiétante nouvelle se répand : des enfants de paysans disparaissent mystérieusement la nuit… Les gendarmes sont sur le qui-vive. La peur s’empare des villageois. Persuadés de la culpabilité de l’obscur Péladan, les deux adolescents décident de le suivre en haut du mont Gargan, là où se trouve une source miraculeuse…
Fiche Livre

Titre : Les disparus de la source

Auteur : Nicolas Bouchard

Collection : Chambres Noires

Date de parution : 2009-09-11

ISBN : 9782740425

MDS : 60227

Dimensions : 130x200

Prix : 9 €

Nombre de pages : 255

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Nicolas Bouchard

Nicolas Bouchard est né en 1962. Auteur traduit dans plusieurs pays à l’aise dans tous les registres de l’imaginaire, cet écrivain prolifique a commencé par des romans de science-fiction, dont Le Réveil d’Ymir paru en 2001 qui associe roman policier et space opera. Depuis, il a notamment publié, en 2004, Et le ciel s’embrasera, un récit endiablé dans l’Europe du début du XXe siècle qui mêle enquête et aventures à la Jules Verne. Puis, en 2005, L’Hymne des démons, roman historique à énigme qui a pour héros le jeune Frédéric II. Son cycle de fantasy, L’Empire de poussière, a rencontré la faveur unanime de la critique et du public. Quoi d’étonnant chez ce lecteur d’ouvrages historiques et de mythologies…

Nicolas Bouchard
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Extrait : Les disparus de la source

Extrait 1

Disparus de la source Le petit Gabriel avait aidé la maison Cibot à nettoyer les chambres arrangées au grenier, à garnir les matelas de paille et à disposer les pots de chambre non loin des lits. Il s’était fait houspiller toute la journée par le vieux père Cibot, âgé de plus de quatre-vingts ans et qui ne trouvait plus guère de plaisir dans la vie qu’à accabler les pauvres journaliers ou fils de journalier comme lui. Son ouvrage l’avait mené jusqu’à près de neuf heures du soir. Il était bien tard pour rentrer à Saint-Gilles où sa mère louait un bout de corps de ferme, mais on ne le laisserait jamais dormir à la maison des propriétaires. Aussi, discrètement, non sans avoir récupéré le peu de sous que lui avait rapporté son travail, il prit le chemin le plus court à travers la forêt. Très rapidement, la nuit tomba, mais Gabriel connaissait bien le chemin, il n’avait pas besoin de lumière pour s’y guider. Il lui suffisait de suivre le sentier presque imperceptible, de sentir l’odeur des

arbres, de la rivière non loin, pour retrouver la bonne direction. Il marchait ainsi, satisfait de sa journée : la mère serait contente. Quelques pièces de plus, ce serait un peu de misère en moins. Depuis qu’on avait rendu l’école obligatoire, il y avait moins d’argent à la maison. Mais là, c’était les vacances et aider une maison comme celle des Cibot était toujours moins pénible que faire la moisson en plein soleil. Soudain, une impression étrange le fit sortir de ses pensées. Il n’y avait plus de bruit autour de lui. C’était bizarre. À cette heure-là, on entendait toujours la chouette, le renard et les autres animaux de la nuit. Pas dangereux pour deux sous mais plus prudents que le diable : au moindre dérangement, ils disparaissaient. Peu rassuré, il continua à avancer. Il y avait quelqu’un tout près d’ici, il en était persuadé. Sainte Kaldée qui commença l’Histoire, Pays des premiers arts, Patrie du blé et patrie du mystère, sainte Kaldée ! Il sursauta. Il avait distinctement entendu une voix. Prudent, il s’avança. À travers les sous-bois,

il aperçut une minuscule lumière. Comme si on avait allumé une bougie là-bas. Ô génies tutélaires, assistez votre race ! Ô calme Euphrate ! Ô Tigre impétueux. Il se jeta derrière un arbre plus grand que les autres. La voix était nettement masculine. Et ça chantait un peu comme le curé à l’église, sauf que là, c’était en français et non en latin. Y avait-il donc une sorte de messe, là-bas, en plein milieu des bois ? Une messe de nuit qui ne disait pas de latin, perdue entre Sussac et Saint-Gilles, ça ne devait pas être bien catholique. Il lui revint de vieilles histoires à l’esprit, des sornettes que les anciens racontaient le soir à la veillée, pensant que les enfants dormaient. Et si ces gens-là adoraient le diable ou une autre créature d’en bas ? Et s’il y avait des femmes qui se mettaient toutes nues pour danser avec le démon ? Le chemin était derrière lui. Il le savait : c’était la voix de la raison. Mais la curiosité était trop forte. Il avança encore un peu. « Je retrouverai la route de toute manière, se ditil. Personne ne peut me voir ici. Et puis, s’il y a des dames toutes nues, ce sera une bonne histoire à raconter aux anciens et au curé. »

Il imaginait déjà les femmes du village formant une ronde autour d’un grand gaillard cornu et lançant leurs vêtements au feu. Pardi, ce serait quelque chose à voir ! Il arrivait non loin de la trouée et ne vit personne. La voix s’éloignait devant lui. Le Nil même a vu la tiare cornue présider son destin. Tu règnes, ô Kaldée, sur l’âme universelle. Il n’entendait presque plus rien. Au milieu de la clairière : pas de femmes nues, mais une sorte de table, recouverte d’une étoffe, comme un autel, et dessus une bougie et un gros crucifix au milieu duquel figurait une rose d’un rouge éclatant. Il resta ainsi un long moment, fasciné par la lumière tremblotante de la chandelle. Puis soudain, la voix revint, mais cette fois-ci juste derrière lui : Ce qui naît doit mourir, homme ou cité, Comment survivras-tu dans tous les siècles ? Ô Matrie, ô Kaldée, toi qui règnes. Il se retourna et ne vit personne. À présent, il avait vraiment peur. Il y avait pourtant bien

quelqu’un là, juste à côté de lui. La même voix chuchota presque à son oreille : – Cela te dirait de chanter pour les dieux, mon enfant ? Gabriel poussa un cri. Une silhouette venait de se détacher juste devant lui. Elle s’était confondue avec les arbustes, mais maintenant c’était un homme d’une taille gigantesque qui se penchait sur lui. À la lumière de la bougie, il vit naître un sourire sur le visage de l’apparition… Il n’eut pas le temps de crier. Déjà deux bras d’une force incroyable l’enserraient tandis qu’un bâillon lui était appliqué sur le visage.

Extrait 2

Le soir, en arrivant à la ferme Cibot, ils y trouvèrent une animation peu coutumière. Les deux gendarmes aperçus la veille, accompagnés de quelques autres, discutaient avec le père d’Augustine, tandis que les autres occupants de la ferme restaient à l’écart, intimidés. – Avec vous, on sait qu’on peut discuter, monsieur Lourdeix. Les gens s’agitent, il y a du trouble dans les campagnes. – Mais ces garçons ont-il bien disparu ? interrogea Eugène Lourdeix. Le brigadier ôta son képi et se gratta la tête. – Difficile à dire, vous savez, en ce moment, ça moissonne dans tous les coins, alors les journaliers vont de ferme en ferme. Il est presque impossible de suivre leurs traces. Un jour ici, l’autre tout au bout du canton. – Mais ce ne sont que des enfants ! – Oui, mais ils travaillent, eux aussi. Surtout pendant les vacances scolaires, vous le savez bien.

– Et leurs parents ne font pas toujours bien attention à eux, renchérit un deuxième. Ce ne sont pas des gentils petits comme les vôtres. Ils vont d’un village à l’autre, ils rentrent une fois la semaine, et encore… Le père d’Augustine insistait : – Certes, néanmoins ceci n’est pas normal. Combien ont disparu ? Le gendarme hésita : – Eh bien, cela doit faire cinq ou six, mais vous savez, il y a là quelques lascars. – Et quel âge ont-ils ? – Entre dix et quatorze ans. – Vous n’allez pas me dire que vous n’allez rien faire, tout de même ? Tout cela est assez suspect. Les gendarmes s’entre-regardaient, embarrassés, et c’est ce moment-là que choisit Anthime pour intervenir. Il courut vers Eugène. – Regarde, tonton, nous avons trouvé la casquette de Gabriel ! L’oncle Octave interpella son fils : – Ah ! C’est toi, Anthime, où étiez-vous donc ? – En haut du mont Gargan, nous avons trouvé la casquette et il y avait un monsieur là-haut. Un drôle de monsieur, un original… Il peinait à reprendre son souffle, bafouillait, si bien que personne ne comprit vraiment ce qu’il

voulait dire. Eugène s’adressa à sa fille, qui restait en retrait : – Et toi, Augustine, que peux-tu dire sur ce que vous avez vu là-haut ? Elle sentit une boule au fond de sa gorge : tout le monde la regardait. Elle détestait parler ainsi devant une assistance. À la fête de l’école, ou à la frairie du Pont-Neuf, c’était toujours un supplice lorsqu’elle devait réciter un poème ou un compliment en public. Son père plongea ses yeux dans les siens et l’encouragea : – Allons, dis-moi, ma fille. Ne crains rien. – Nous… nous sommes allés au mont Gargan tous les deux. En montant, nous avons aperçu un homme. Il était étrange, c’est un visiteur qui loge à Sussac. Il s’appelle Péladan ou quelque chose comme ça. Arrivé en haut, il a récité comme un poème, je crois. Ensuite, nous l’avons perdu de vue. Mais non loin, nous avons trouvé ceci. Anthime dit que c’est la gapette de Gabriel, un enfant qui est venu travailler ici à la ferme. Voilà tout ce que je sais. La tension retomba soudain. Son père lui caressa la joue avec un sourire approbateur tandis qu’au contraire sa mère, en retrait, lui lançait un regard noir. Le brigadier souleva de nouveau son képi et s’essuya le front.

– Un poème, hum… Vous êtes bien certain que c’est la casquette de Gabriel ? Octave prit le couvre-chef et l’examina. – Oui, c’est peut-être cela. Elle y ressemble, en tout cas. Les gendarmes avaient enfin pris une décision. – C’est d’accord, nous allons rendre visite à ce monsieur. Il loge à l’auberge ? – Oui approuva Augustine, à l’auberge de Sussac. Après les salutations d’usage ils quittèrent les lieux. ” Le soir à la veillée, il ne fut plus question que de cela. Anthime répéta au moins cinq fois son récit, tandis que le grand-père pérorait : – Sacrés mioches ! Toujours à traîner partout, ah ! Du temps du roi Louis, cela ne se serait pas passé comme ça. On avait le respect des parents et des anciens alors que maintenant, depuis que ce fichu empereur a fait voter le plébiscite, ils se croient tout permis. Il faudrait les envoyer aux barbaresques, là-bas, ils verraient ce qu’Abd el-Kader faisait aux voyous ! Augustine resta silencieuse. Sa mère se faufila à côté d’elle et lui glissa :

– Il est hors de question que tu ailles de nouveau courir la campagne avec ton cousin, c’est compris ? – Mais, maman, je n’ai rien fait. Elle fit un geste comme si les dénégations de sa fille n’avaient aucune importance. – Demain, avec ta tante, nous irons à Châteauneuf. Tu nous accompagneras. Elle soupira. Une journée avec les deux femmes qui iraient à l’église et se remémoreraient leur jeunesse. Une journée de perdue !

A suivre ...

Sélections et prix

Matthieu Bonhomme

Matthieu Bonhomme est né à Paris le 17 juin 1973. Très vite il dessine beaucoup et se lance dans une filière artistique dont il sortira avec un BTS d'arts appliqués, obtenu en 1992. Puis viennent les rencontres décisives avec Christian Rossi, Serge Le Tendre et Jean-Claude Mézières : pendant 5 années, Matthieu apprend à leurs côtés. Il reçoit de leur part de précieux conseils concernant le métier sous toutes ses formes. Après des petits travaux de BD et d’illustration pour la presse jeunesse, il réalise un 46 pages publié dans Okapi de janvier à avril 2000 avec Jean-Michel Darlot.
Nouvelles rencontres importantes : il intègre l’atelier de la place des Vosges où il rencontre Fabien Vehlmann et Gwen de Bonneval. Le premier lui écrit Le Marquis d’Anaon et, depuis peu, il réalise Messire Guillaume chez Dupuis avec le second. C’est chez ce même éditeur qu’il scénarise et dessine aujourd’hui la série Esteban, née dans Capsule Cosmique, et dont le premier tome a été publié chez Milan.

Matthieu Bonhomme
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